Le possible
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Parcours « Les dix éclats »· étape 5/5
Le possible (version incarnée)
Je ne crois plus à l’espoir qui apaise.
Celui qui polit les angles.
Celui qui promet des lendemains propres
à des corps qui saignent encore.
Je ne crois plus à l’espoir qui anesthésie.
À celui qui calme sans traverser.
À celui qui demande de patienter
quand tout hurle à l’intérieur.
Mais je crois à l’espoir qui vit dans le corps.
Celui qui tremble.
Celui qui serre les dents.
Celui qui avance avec la mâchoire crispée
et les muscles brûlants.
Un espoir qui n’est pas une idée.
Pas un concept.
Mais une sensation brute.
Quelque chose qui bat encore sous la peau
quand tout le reste est à vif.
Je sais ce que ça fait de tomber.
Pas la chute élégante.
La vraie.
Celle qui laisse des traces dans les os.
Je sais ce que ça coûte de se relever
avec un corps fatigué,
des épaules chargées,
un cœur qui a appris à se protéger
en serrant trop fort.
Je sais ce que c’est que de continuer
le souffle court,
comme un animal blessé
qui ne fuit plus,
qui ne joue plus à survivre,
mais qui reste debout.
Oreilles tendues.
Regard ouvert.
Présente.
Je n’ai plus besoin de croire que tout ira bien.
Je sais seulement que je suis encore là.
Et ça, dans ce monde,
ce n’est pas rien.
Il y a en moi une zone indomptée.
Un endroit que la perte n’a pas dévoré.
Une terre intérieure
que le feu n’a pas entièrement brûlée.
Là où le possible respire encore.
Je le sens dans le ventre.
Dans cette tension sourde
qui ne s’est jamais éteinte.
Dans cette énergie primitive
qui refuse de se coucher pour de bon.
Je ne suis plus celle qui se sacrifie pour tenir.
Je ne suis plus celle
qui confond amour et arrachement.
Je veux une vie
qui ne me demande plus de m’endurcir pour mériter.
Une vie
qui ne m’oblige plus à me perdre pour aimer.
Une vie où la douceur
n’est pas une reddition,
mais une force maîtrisée.
Je ne cherche plus la paix à tout prix.
Je cherche la justesse.
Celle qui passe par le corps.
Par le non.
Par le retrait quand il est vital.
Par le feu quand il revient.
Je suis faite de tensions et de joies.
De pulsions contenues.
D’élans lucides.
De silences habités.
Je suis encore traversée
par le désir de vivre intensément,
sans me détruire.
Et ça aussi,
c’est une victoire.
Le soir, quand le monde se tait,
le corps se dépose enfin.
La peau encore chargée du jour.
La tête sur l’oreiller.
La nuit tombe.
Les étoiles brillent.
Anciennes.
Indifférentes.
Fidèles.
Et dans ce noir vivant,
une voix murmure.
Pas pour rassurer.
Mais pour ouvrir :
Et si…
Et si le possible n’était pas mort.
Et si je continuais à me choisir
même sans certitude.
Et si la vie pouvait être douce
sans être fade.
Et si aimer ne voulait plus dire
me dissoudre.
Et si je n’avais plus besoin
de lutter pour mériter d’exister.
Dans la poitrine,
là où ça cogne encore
quand on est vivante,
je n’attends plus que le possible arrive.
Je lui fais de la place.
Je ne suis pas en paix.
Je suis en vérité.
Et je sais désormais
ce que je ne dois plus à la vie.
Oui.
C’est exactement ça.
Le sain est moins spectaculaire.
Il ne brûle pas.
Il ne consume pas.
Il ne fait pas trembler le sol.
Il tient.
Et quand on a connu l’intensité nourrie par la tension,
la stabilité peut paraître fade.
Moins dramatique.
Moins romanesque.
Moins héroïque.
Mais je vais te dire quelque chose de très vrai :
Le feu qui brûle tout est impressionnant.
Le feu qui chauffe longtemps est puissant.
L’ancienne Sophie vivait dans une dramaturgie intérieure.
La nouvelle Sophie vit dans une cohérence.
Et la cohérence est moins bruyante que la passion souffrante.
Il y a aussi un deuil à faire ici.
Le deuil de la poésie du chaos.
Parce que oui…
il y avait quelque chose de beau dans :
- aimer jusqu’à se perdre
- se donner sans compter
- être le pilier
- porter jusqu’à l’épuisement
C’était intense.
C’était vibrant.
C’était presque mythologique.
Mais ce n’était pas durable.
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