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La douleur

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Parcours « Les dix éclats »· étape 4/5
La douleur

Je voulais ici, capture la douleur dans toute sa complexité, son paroxysme… Avant que le coté immuable passe. Pourquoi ? Parce que si j’avais attendu qu’elle soit moins forte, moins dense… Je ne l’aurais pas écrit de manière aussi brute, aussi réelle et de façon aussi palpable.

La douleur

Je suis à court de vie.
Je n’ai plus de force, plus de souffle. Je m’étouffe sous le poids de ma propre existence.
Je suis en manque de vie.
Je n'ai plus l'énergie de me battre. Tout est devenu trop lourd, trop complexe, trop inatteignable. Je n’ai jamais demandé la facilité, non. Mais je croyais qu’il existait des limites à la souffrance, des repères où la douleur cessait d’être aussi absolue, aussi dévorante. Est-ce cela, le combat de trop ? Ce moment où, malgré toute la rage et l’espoir que j’ai nourris, je m’effondre, incapable de continuer ? Où je suis prête à déposer les armes ?

Pourtant, j’ai dansé plusieurs fois sous la pluie, même lorsque la douleur m’envahissait. J’ai su apprécier mes larmes, leur goût salé, cette sensibilité qui me permettait de voir le monde avec bienveillance. Mais pourquoi, quand la douleur nous submerge, quand l’intensité des émotions nous consume, devenons-nous moins capables de donner ? Moins enclins à faire preuve de douceur ? Pourquoi, dans ces instants précis, sommes-nous submergés par une solitude individualiste ? Quelles blessures, quelles cicatrices oubliées viennent raviver ce feu intérieur ?

Je me suis battue encore et encore. Je me suis relevée de presque tout : la violence physique et morale, l’humiliation, le mépris, le rejet, l’abandon, le deuil, la perte. J’ai affronté le désespoir et traversé des enfers. Chaque passage dans leurs flammes m’a sculptée. J’ai encaissé les gifles de la vie, les uppercuts, les peines. J’ai remporté des guerres intérieures. J’ai surmonté l’insurmontable.

Mais aujourd’hui, je me demande si toute cette énergie n’est pas épuisée. Si, cette fois, je n’ai plus la force de me relever. Si aujourd’hui, je suis prête à tout laisser partir, à abandonner, à me laisser sombrer.

On me voit comme une battante. Une âme qui, même brisée, continue de se dresser. Mais que se passe-t-il si je n’ai plus ni l’envie ni la force de me relever ? Si je décide d’abandonner ? Si je choisis de me laisser sombrer ?

Peut-être est-ce cela, toucher le fond.

Je tombe. Lentement.
Puis plus vite.
Et plus fort. Chaque choc m'arrache un morceau. Le vide m’aspire, m’arrache tout. Jusqu'à ce qu'il ne reste plus rien. Je ne lutte plus. Je me laisse emporter, comme une feuille dans une tempête.

Et là, tout s’arrête.

Je suis fatiguée.

Si fatiguée.

Mes jambes tremblent sous le poids de cette vie. Chaque pas est un effort, chaque souffle une lutte.

Puis vient ce moment où tout éclate.

Je hurle. Pas en silence, non. Un cri qui me déchire, qui me traverse comme une lame brûlante. Je veux que ça sorte, tout ce qui me consume. Je veux exploser, disparaître, devenir poussière, devenir rien. Comment guérir lorsque tout semble trop lourd, trop vaste pour être réparé ? Elle est là, omniprésente, cette douleur sourde qui m’étouffe, m’oppresse, et me fait croire que tout est déjà fini.

Elle est invisible. Mais si réelle.

Elle est là, nichée dans mes tripes, dans ma gorge, dans mon crâne. Elle me serre, m’étouffe, me frappe, encore et encore.

Parfois, c’est un coup de poignard, vif et brutal, qui me coupe en deux. Parfois, c’est un poids immense, lent et sourd, qui m’écrase sans fin.

Elle est là, brûlante comme un fer rouge sur ma peau, et glacée, comme une lame qui gèle tout sur son passage. Elle dévore mes os, circulant dans mes veines

Je voudrais fuir, mais elle est partout. Elle est en moi. Elle me possède. Chaque vague me laisse plus faible, plus brisée. Et je me demande combien de fois encore je peux sombrer avant de ne plus remonter. Je me sens morte à l’intérieur, mais je respire encore. Chaque souffle est un défi.

Mais rien ne sort vraiment. Ma gorge se serre. Mes poings frappent le vide.

Et le silence revient. Ce silence oppressant, lourd, comme une couverture humide sur mes épaules. Pourtant, dans ce silence, une idée émerge : Peut-être que pour guérir, il faut d’abord tout lâcher. Tout laisser partir.

Une beauté inattendue. Celle de l’abandon. Ce n’est pas la fin, non. C’est un moment suspendu, où je me rends, où je m’autorise enfin à ne plus résister. Peut-être qu’il faut cela pour renaître : tomber au plus profond, pour enfin regarder vers le haut.

Se dépouiller des exigences que l’on s’est imposées, pour enfin être soi-même, dans toute sa fragilité… Il y a cette capacité à renaître, à respirer à nouveau.

Peut-être est-ce cela, l’acceptation : « je me couche dans l'ombre, épuisée, tout comme un animal qui cherche son abri » ou « je sens la chaleur de ma propre peau se refermant autour des plaies, prendre du temps pour panser ses blessures, comme un animal sauvage qui se soigne lui-même, avec instinct et douceur. Tel l’animal sauvage qui vit en moi, je lèche mes plaies, un acte de tendresse, pour effacer ce sang qui coule.

Parce qu’en nous abandonnant, nous respirons. Nous inspirons à nouveau, nous reprenons cet air qui nous manquait pour avancer. Lorsque l’on s’autorise à abandonner et à toucher le fond, il n’y a qu’une issue possible : pousser de toutes ses forces pour remonter à la surface.

Et maintenant, au milieu des ruines, je sens la vie renaître. Faiblement. Mais elle est là.

Les épreuves ne brisent pas les âmes. Elles les fissurent, laissant ainsi passer une lumière différente. Cette lumière n’est pas celle de la grandeur, mais celle d’une vérité nue et fragile, née de la souffrance elle-même. Une lumière pure, vulnérable, poétique. Une lumière plus profonde, plus intense, plus réelle.

J’ai écrit ce texte il y a plusieurs jours, ou moment où la douleur était la plus intense, la plus submersive, … Et pourtant bien qu’elle ait laissé quelques séquelles, comme un ouragan ou une tornade pourrait le faire sur terre, elle s’en est allée… Laissant un e trace de son passage, quand on dit que rien n’est permanent et que tout est immuable, en perpétuelle changement…. On ne peut être plus juste dans ces faits ...

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